Aller plus loin de la dynamique relationnelle à partir de : "Victime bourreau sauveur, comment sortir du piège ?" - Christel Petitcollin
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Le Triangle dramatique de Karpman est développé en 1968 par Stephen B. Karpman, psychiatre américain et élève d’Eric Berne, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle. Vous trouverez de nombreux articles, auteurs et fans de ce triangle sur la toile pour approfondir le sujet de l'analyse transactionnelle.
L'objectif de cet article est d'en montrer les forces et les limites pour contribuer à prendre conscience et désamorcer des jeux relationnels dans le milieu proffesionnel. Nous citerons ici les enseignements de la CNV© : Connexion Naturelle au Vivant© de Rédouane Saloul formateur certifié dont je suis la disciple.
Les forces et limites du Triangle
Ce Triangle de Karpman a l'avantage de mettre en lumière un jeu systémique entre au moins 2 personnes et plus selon l'organisation du collectif. Il met en lumière les rôles que chacun peut prendre -et s'enfermer- dans un échange, une discussion, une situation qui va durer. Christel Petitcollin met en lumière le jeu, c'est à dire les règles de cette dynamique : la dramatisation et la répétition en découlant. L'autrice Petitcollin rappelle aussi les Positions de vie qui permet de vérifier si la relation est équilibrée. Elle nomme les pièges clefs. Elle propose des méthodes pour sortir du pièges. Je vous conseille vivement la lecture.
3 rôles interchangeables dans cette dynamique : La victime irresponsable qui subit la situation, le bourreau frustré qui persécute et le sauveur narcissique qui aide sans qu'on lui demande. L'avantage de ce triangle est qu'il permet de mettre en lumière une dynamique, un mouvement au sein des interractions car chacun à tour de rôle peut devenir victime-bourreau-sauveur. Il permet d'amener de la clarté sur une situation qui se répète, couteuse en énergie et en temps. Il permet aussi de mettre en lumière une posture et un vocabulaire propre à chaque rôle pour les repérer.
Au regard de la CNV©, la limite que j'observe dans ce Triangle, c'est qu'il est jugeant. Il pose une étiquette sur chacun des personnages. Il enferme dans des rôles. A partir du moment où on étiquette une personne, on risque de :
-L'enfermer dans son rôle et de tourner en rond. Souvenez-vous de cette réplique de Podalydès dans Je verrai toujours vos visages : On ne revictimise pas la victime ! En cas de harcèlement avéré, il est tentant d'enfermer la victime - le pauvre salarié harcelé- et le bourreau - e manager toxique-.
-De psychologiser la situation selon le rôle de chacun : Il est sensible tu comprends, on va éviter de lui dire les choses franchement -ici l'infantilisation-. Psychologiser la situation peut inviter à excuser des comportements contre productifs : C'est un Bourreau, je peux donc lui rendre la pareille plus violemment.
-De limiter l'analyse de la situation par les manières de chacun d 'agir/réagir et non plus par les faits tangibles qui se répètent. Une situation avec un différend peut se transnformer en désaccord, conflits, relation dégradée voir harcèlement. Avant d 'accuser et de déterminer, on cherche avant tout à rester factuels, à documenter ce qui se répète de manière objective et neutre. L'objectif étant d'être attentif, prendre au sérieux et nommer sans accuser. Repérer ce qui est récurrent, plausible et sous forme de transactions. On cherche à repérer les jeux de dépendances mutuelles - et de bénéfices directs ou indirects-.
L'autrice Petitcollin insiste sur le fait que nous cherchons tous des signes de reconnaissances. Ce triangle permet d 'en obtenir de manière négative. Raison pour laquelle vous rencontrerez des gens qui ne vivent que dans le drama, les problèmes, les embrouilles. Nous cherchons ici à observer la dynamique pour revenir vers les faits, les ressentis de chacun et la sortie du Triangle sans juger. Entendez par "Sans juger" en utilisant les jugements comme indicateurs des stratégies et besoins dans le manque. A partir du moment où vous êtes dans le manque et cherchez à combler vos besoins par qu' un d'autre que vous : vous êtes en dépendance. En étiquetant victime bourreau sauveur vous risquez de vous enfermer dans les rôles et donc dans la dépendance.
Première lecture du Triangle :
La posture de la victime
L'autrice rappelle les caractéristiques des portraits : La victime dans le Triangle est la personne qui va se plaindre, attirer l'attention sur soi, et subir la situation. Elle est pure et innocente et c'est toujours à elle que ça arrive. Cela se traduit : un fonctionnement et un déclencheur se répète qu'elle dit subir.
Imaginez que la victime est un gardien de but et le ballon symbolise la responsabilité : La victime ne veut absoluement pas récupérer sa part de responsabilité dans ses buts. Quitte à être infantilisée, gaffeuse, exaspérante, elle se laisse volontier aidée par le sauveur -qui va devenir goal sans qu'on lui demande- et attirer le persécuteur qui va se délecter de la persécuter comme un chat avec une souris avant de l'achever. Elle peut même dire qu'elle n'a pas conscience, qu'elle ne s'est pas rendue compte, qu'elle ignorait. Elle a besoin d'être vue et qu'on soit attentif à elle. Elle existe par la souffrance.
La posture du sauveur
Le sauveur, c'est le chevalier bon et généreux et narcissique qui cherche à se valoriser pour chercher de la reconnaissance. Il assiste au lieu d 'aider. Il infantilise au lieu d'accompagner à l'autonomie. Il endette et culpabilise l'Autre si la reconnaissance n'est pas au rendez-vous.
-Etape 1 : Infantiliser Laisse moi faire à ta place, je sais mieux que toi
-Etape 2 : Culpabiliser : Après tout ce que j'ai fait pour toi, quelle ingratitude !
-Etape 3 : Recommencer : Tu ne pourras pas t'en sortir sans moi.
Le résultat, c'est qu'à chaque fois dans le trio, vous aurez l'impression que rien n'a avancé avec le sentiment de découragement. Vous aurez le contraire de ce que vous voulez. Le sujet reviendra encore et encore dans les échanges. Et chacun continue de souffrir.
La posture du bourreau
Le bourreau est critique, dévalorisant et frustré. Il va donc chercher à évacuer cette frustration sur une victime. Il y a donc un enjeu de pouvoir sur l'Autre. Il a toujours une bonne excuse, justification contre la victime pour la dominer, la rabaisser, la dévaloriser. L'auteur insiste sur le fait qu'il n' y a pas de bourreau sans victime pour jouer avec lui. Première piste pour retrouver son pouvoir d 'agir. Le bourreau a besoin de retrouver de la capacité d'agir intérieure plutôt que d'aller la chercher à l'exterieur. La victime doit cesser de gober les appâts -provocation, injures etc...-
L'autrice livre aussi le répertoire des jeux, les comportements anti jeux et les situations saines. C'est vraiment très éclairant pour prendre conscience et sortir des appâts ou des appeaux. C'est aussi un appel à la prise de conscience et la responsabilité individuelle. Je vous en conseille donc la lecture.
Et vous dans quelle rôle vous retrouvez vous le plus souvent ? Que protégez-vous en restant dans cette dynamique ?
Deuxième lecture du Triangle
L'auteur rappelle les sources d'un tel fonctionnement pour chacun des rôles. On entre dans la sphère psychologique qui n'est pas dans mon champs de compétences. En revanche, j'aimerais compléter son approche à la lecture de la Connexion Naturelle au Vivant CNV© de Rédouane Saloul, lui-même inspiré de la NonViolent Communication de Marshall Rosenberg.
L'Autre, c'est Moi en ce sens que l'Alterité est un miroir. Aborder l'Autre, c'est être en autoempathie avec Soi. Puis; en empathie avec l'Autre. L'empathie, c'est comprendre sincèrement l'autre et observer ses tentatives pour exprimer ce qui vibre, vit et s'exprime pour lui. C'est une qualité de présence inconditionnelle, neutre et sincère.
Auto empathie et empathie : Savoir entendre les stratégies, les dépendances et les transactions.
Première étape Auto empathie : Etre attentif à Soi. Dans les dynamiques relationnelles, il y a l'appât/ appeau. Je les nomme les faits déclencheurs d'un mouvement en soi : C 'est le stimuli. Typiquement , on pourrait se dire : "Oula, quand j'entends ça, ça me fait réagir à l'intérieur. Ca me donne envie de ..." Première étape est de repérer et faire "un arrêt " sur Soi pour observer : les faits et les ressentis corporels - souvent inconfortables. Puis de prendre conscience de la fonction de vie qui se manifeste*: Partage, Lien, Ecoute etc...
Une autre approche est de se demander comment je nourris la situation et d'identifier dans quel rôle je suis. Comment je nourris la situation ? Qu'est-ce que j'essaye de vivre ? Au service de quoi j'agis comme ça ? Avec tendresse envers soi on peut découvrir le trésor. Qu'est-ce qui se traduit comme fonction de vie = ce qui est vivant J'aimerais me sentir exister, prendre ma place, me sentir plus libre. Quelque soit les rôles on peut chacun se retrouver dans ces fonctions universelle. D'ailleurs, il est possible que ce soit la même pour les trois rôles. Faites l'expérience, testez.
Qu'ai-je envie de vivre ? Qu'est-ce qui pourrait améliorer mon bien être ? Sont les questions de la fin du déroulé Observations Sentis Envie - qui remplace besoins-Demande de la CNV. De quoi ai-je besoin dans le sens comment puis-je contribuer à mon bien être ? On est dans une approche abondante des ressources et des possibilités pour prendre soin de soi.
Ces temps d'arrêt sur soi, où on ralentit pour ressentir et se laisser guider par ce qui vibre en Soi s'apprend, se pratique et se densifie avec l'expérience. C'est un espace qui permet de prendre du recul sur la situation.
Deuxième étape l'Empathie avec l'Autre pour traduire son langage en Fonction de vie.
Ecouter derrière les mots est une expression que j'emploie souvent en intervention dans les PME/TPE. J'écoute derrière les mots pour les traduire en fonction de vie = besoins qui se manifestent. Lorsqu'on est disponible qvec Soi, on peut l'être avec l'autre. On peut prendre du recul sur ses tentatives parfois désespérées. On observe les faits, on regarde ce qui se répète et on modifie son comportement pour sortir du piège.
On peut alors repérer les jugements masqués, ses propres interprétations floues, les étiquettes et évaluations dévalorisantes. Et on revient aux faits dans un échanges direct. On règle les malentendus, les incomprehénsions, les remarques un à un. La CNV© demande de ralentir le rythme, de poser des silences, de répéter ou reformuler avec exactitude.
Comment traduire en fonction de vie est au coeur de la démarche. Un bourreau devient alors une personne qui cherche de la Liberté et la Paix, une victime cherche de l'Attention, un sauveur cherche à Exister. Offrir un espace de prise de conscience pour se relier à cela, c'est laisser à l'Autre sa responsabilité, son autonomie et sa capacité de changer.
La reformulation avec empathie c'est nommer les tentatives : Est-ce que tu essayes de me dire cela ? Est-ce que c'est ça que tu as envie de vivre ? Est-ce que c 'est cela qui te touche ? Quand tu me dis que je suis (incompétente =évaluation), qu'est-ce que tu cherches à me dire de toi ? C'est tout une pratique, une posture et une volonté sincère au service de la relation.
Une présence mutuelle au service le la relation, pas de la solution.
Créer un espace de confiance demande d'être attentif sur l'empathie. Et parfois, le passif dans la dynamique relationnelle est lourd. Il est nécessaire de récréer un espace de confiance. De quoi ai-je besoin pour interragir avec elle ? Comment le lui formuler ? On cherche ici la relation. On ne cherche pas le comment on va faire, on cherche à faire ensemble. Il est nécessaire de faire parfois appel à une tiers pour assurer la liberté de s'exprimer avec l'Autre. Dans le milieu professionnel, les enjeux hierachiques peuvent biaiser la liberté d'expression. On s'assure donc de pouvoir parler demanière équilibrée.
Faire une demande claire, précise et réaliste demande d'avoir une discussion directe et précise. Pour pouvoir échanger, j'aimerais pouvoir parler sans être interrompue. J'aimerais que nos propos soit mesurés. J'aimerais que mes demandes soient entendues dans un premier temps. Quelque soit le rôle, cela demande à chacun de prendre ses responsabilités.
Comment c'est pour toi quand tu entends ? Comment suis-je censée réagir à cela quand tu me le dis ? Co construire ensemble pour une sortie engagée de la dynamique. Les compromis ne seront pas durables à court terme. On peut même rédiger un contrat de confiance** Là encore, il s'agit d'écouter, et de traduire. Comment aimerions-nous sortir de cette situation ?
Ecouter le vivant pour aller vers la danse du dialogue. Faire confiance à ses propres ressources pour prendre soin de soi. Si vous avez tendance à subir une situation, cherchez où est votre capacité d'agir. Reprenez votre pouvoir et votre responsabilité. Par petits pas car c'est un changement qu'on demande parfois très intégré.
Si vous avez tendance à offrir de l'aide, attendez que l'Autre vous la demande de manière claire, précise, cadrée dans le temps. Et formulez ensemble le cadre dans le temps et la contrepartie pour éviter d'endetter l'Autre.
Si vous avez tendance à rabaisser, écraser, soumettre. Posez-vous. Au service de quoi j'agis ainsi ? De quoi ai-je envie ? Si tout était possible quel serait mon désir ? C'est un chemin que de re-découvrir nos désirs et comment on peut contribuer seul.e à les satisfaire. Et si vous demandiez à l'Autre quel impact ont vos comportements sur lui, pour en prendre la mesure, comprendre son Monde.
Cette approche de la CNV© demande de l'humilité, de la patience et de la maturité émotionnelle.
Le mot de la fin
Le Triangle de Karpman est un excellent outil pour observer dans un premier temps la dynamique entre plusieurs personnes. Christel Petitcollin offre des clefs pertinente pour prendre conscience et sortir du piège.
Dans un second temps, on se libère de ces étiquettes jugeantes pour entrer en empathie avec chacun des personnages. Etre en connexion avec leurs aspirations profondes, leurs blessures, et ce qu'ils souhaitent vivre sans stratégies.
La Connexion Naturelle au Vivant© de Redouane Saloul nous amène à nous relier, nous connecter à l'Autre à ce qui est vivant en lui pour le traduire en fonction de Vie. Chacun avons les ressources pour aller à la rencontre de Soi et de l'Alterité.
Alors que décidez-vous ?
*En CNV, nous utilisons le terme fonction de vie plutot que besoin. Le besoin étant défini par un manque à combler. S'il vous pensez en termes de manques à combler par quelqu'un, vous êtes en dépendance. Si vous êtes en dépendance, vous perdez votre pouvoir d 'agir. Ex : Je veux être respectée suppose que vous manquez de respect et que l'autre va vous en donner. Le respect commence par Soi.
** Voir l'épisode au Coeur du Travail avec Jean Edouard Gresy

