Le Management bienveillant : Le cynisme au nom de la productivité

Une nouvelle époque s’annonce avec l’arrivée du management bienveillant. Une nouvelle tendance censée adoucir –voir guérir-le Monde du travail. La sphère professionnelle est désormais gorgée de respect, d’empathie, d‘inclusif. On adore. Installez vous confortablement dans votre fauteuil de bureau, tout est under freak controle.
Les managers toxiques sont morts, longue vie aux managers bienveillants
Fini le loup ! Dans la marmite ! Bouilli !
Rassurez-vous. Les managers pervers et malveillants sont cuits. La chasse aux toxiques a commencé. On les repères avec signes faibles et forts. On les abat avec l'Epée des PRPS, des QVT, des QVCT, EDT et autres acronymes humanistes. On a compris qu'on perdait du cash et des talents avec leurs jeux de pouvoir. Le management pervers, c'est du passé. Évidemment, c'est une évidence. C'est à cause des humains dysfonctionnels que le travail était un enfer.
Vous croyez au grand Méchant loup, vous ? Moi pas.
Cette vision binaire des bons et des méchants m'interroge beaucoup. Elle questionne sur notre vision du Monde, de l’Autre et de Soi. Sommes-nous comme Blanche Neige, pures comme l’air ? Cette approche dichotomique pose une étiquette assez peu nuancée et définitive sur l'Autre. Le jugement binaire, c‘est l’un des biais qui fait obstacle à la communication et au dialogue. On peut partir dans des labyrinthes psychologiques des ceux qui sont pervers narcissiques– rares et peu détectés-, des toxiques mais souffrants -on les plaindrait presque-, de ceux qui sont toxiques malgré eux -bande d'inconscients- etc...
Très bien et après On met tous les autres dans la catégorie victimes de, des pures, des bons…
Il n’est pas dit que cela n’existe pas. On a toutes et tous vécu une expérience professionnelle bizarre, inconfortable, questionnante.
#desanecdotesjenaidansmonsac.
Peut-on affirmer que la personne en face était dysfonctionnel avec l’envie consciente de nuire à autrui sur la durée ? La difficulté donc de tricar le manager toxique est loin d’être simple. Cette espèce est maligne. Cela nécessite de prendre la distance pour observer la situation. La toxicité s'observe dans le temps et avec plusieurs personnes au sein d'une entreprise. Attention aux évaluations à la hâte.
Sur le terrain, les équipes rapportent des difficultés à comprendre et travailler ensemble. Même en faisant du mieux qu'on peut. Et c'est ok, disent les experts de la bienveillance. Ces difficultés à coopérer sont des éléments à entendre. Le bouc émissaire est la solution d 'un scénario qui peut cacher des dysfonctionnements systémiques au sein de l'organisation.
NB : #Marreduc'estok
Le management bienveillant comme levier de performance ?
L'idée: c'est qu' au lieu d'être toxique et malveillant, on est tous bienveillant, parce qu'on a compris que ça marchait mieux.
Ouf, on est sauvé.
Bienvenu.e dans le Monde de la bienveillance chacun cherche à être la meilleure version de Soi-même.
Franchement, ça sonne un peu dissonant ?
Bullshit la Bienveillance sur le terrain. Me dit-on en off
La santé mentale au travail reste un sujet présent. 61 % des actifs français déclarent ressentir du stress hebdomadaire. Les données recueillies évoquent un mal être au travail présents à toutes les strates de l'entreprise. Un exemple de chiffre clef : 64% éprouvent des difficultés à déconnecter du travail, facteur aggravant de stress et d’épuisement.
Et puis, on en parle de l'injonction à la bienveillance ?
Vous y arrivez, vous avec l'ensemble de vos collaborateurs -Même ceux qui vous sortent par la tête- à les accueillir sans jugements? Vous y arrivez-vous depuis la locomotive du taf, à aborder chaque jour, à chaque instant les situations avec clame, sang froid et discernement ? Vous êtes libres de tout à priori sur vos collègues quand cela ne va pas dans vos sens ?
Pour ma part, un peu, pas toujours.
Managés ou managers, c'est loin d'être simple de manœuvrer ensemble.
Bienveillants dans un système du travail toujours plus rapide et oppressant.
C'est moins pire. Le travail comme labeur et objet d'oppression : c'est has been. On va s'aimer (!) et trouver du sens au travail.
Teaser : c‘est plus complexe que ça. Et c‘est ok.
En gros, l’arnaque est la suivante : on continue quand même d'être pressés comme des citrons, mais avec bienveillance.
Le contexte professionnel quotidien reste difficile quelque soient les secteurs. Franchement, qui aime rester 8 h devant un PC ou dans le bruit ou dans l’urgence ? Avant 2015, les données sur l’impact précis de la santé mentale au travail étaient moins disponibles. Aujourd’hui, les enquêtes nationales et internationales montrent une hausse claire des déclarations de stress, de burnout, et de détresse psychologique . 30 % des actifs français ont déjà vécu un burnout modéré. Selon un baromètre 2024, 42 % des salariés se disent en détresse psychologique modérée.
Les données sont davantage disponibles aujourd’hui. La parole s‘est libérée. Des démarches autour des conditions de travail, de la préventions et de la sensibilisation émergent peu à peu dans la sphère professionnels.
A mon sens, il reste à faire.
C'est un raccourci d’imputer le mal être à une personnalité toxique.
C'est une illusion de voir la Panacée dans la bienveillance.
C'est un déni de ne pas repenser le monde du Travail : son rythme, ses objectifs, ses finalités.
Alors, parlons ensemble du Travail. Jouons cartes sur table sur les tensions, les non dits, les incompréhensions. Créons des espaces de dialogue et de collab sécurisées et francs pour évoluer ensemble. Formulons le but de l’entreprise : Vivre pour elle ou qu’elle soit un espace d’émancipation, de dialogue, de partage.
Quel sens profond nous offre le travail ?
Comment voulons vivre notre quotidien pro ?
Que choisissons nous de vivre avec nos collaborateurs ?
Et cela demande d’être responsable.
Responsable de ce qu’on l’on veut pour Soi.
Et de choisir.
Cela paraît plus constructif que de déterminer les bons et les méchants.

